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Critiques / Théâtre

I Wish I was sous la direction de Maëlle Dequiedt

par Gilles Costaz

Les baladins du rock

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« I Wish I Wash » : bigre ! On écrit les titres en anglais maintenant ? Est-ce une allusion au titre d’un morceau qui nous échappe ? Les acteurs-chanteurs-musiciens de la compagnie la Phenomena sont totalement anglo-habités et n’ont apparemment pas de gêne à s’exprimer, dans le chant, uniquement dans une langue étrangère. On en débattra une autre fois : l’équipe est très intéressante et, après un certain travail documentaire (largement réinventé ensuite), figure le parcours d’un groupe français de rock partant jouer à Ostende et revenant en France par les autoroutes du Nord. C’est une série d’instants musicaux et d’instants de vie des musiciens : on répète, on fait vibrer ses guitares ou ses synthés, on chante, on se raconte en solo, on parlote, on se colle l’un à l’autre selon affinités, on laisse son corps et sa voix se déchaîner, on se lance des défis, on se partage les sandwiches… Puis le concert a lieu. On prolonge les défoulements musicaux dans la nuit. On remballe et nos modernes baladins reprennent la route, fatigués, sans trop se demander si le groupe va rester uni, mais un texte projeté nous laisse entendre que chacun partira de son côté.
Cette troupe ne semble pas connaître la chanson française mais elle sait qu’il y a d’autres musiques que le rock. Elle a invité une fanfare qui surgit en plein spectacle, pour apporter d’autres notes et quelque chose qui incarne la vie de cité. Ce contraste musical est très réussi. Le spectacle est une création collective où l’on a intégré des textes de grands auteurs (Cobain, Viel, Echenoz, Carlos Williams…). Il porte la marque d’une femme metteur en scène, Maëlle Dequiedt, qui a le sens des atmosphères, des actions simultanées, d’une action qui se déroule à la fois dans ses alvéoles et sur la totalité du plateau. Les interprètes, Youssouf Abi Ayad, Quentin Barbosa, Pauline Haudepin, Mathilde Edith Mennetrier, Romain Pageard et Maud Pougeoise, sont de vrais musiciens-chanteurs mais ils savent être aussi des personnages différents, chacun étant singulier, d’une nature ouverte ou secrète. La mise en scène les éclaire discrètement de l’intérieur et table sur leur belle souplesse pour passer d’un point à l’autre et d’un état d’âme à l’autre. On peut penser au merveilleux film des frères Coen, Inside Llewyn Davis, balade d’un chanteur country qui ne réussira jamais. Mais, bien entendu, ici, ce sont les moyens du théâtre qui sont utilisés, avec les techniques d’à présent qu’il est facile de mettre en œuvre (micros, filmage – en noir et blanc - à partir de téléphones portables) : Maëlle Dequiedt parvient ainsi à donner à voir une sorte d’errance immobile à l’enchantement intense et fugace.

I Wish I Was
MISE EN SCÈNE Maëlle Dequiedt
 Une création collective de La Phenomena DRAMATURGIE Simon Hatab
 ARRANGEMENTS / COMPOSITION MUSICALE Francisco Alvarado SCÉNOGRAPHIE Heidi Folliet
 COSTUMES Solène Fourt assistée de Eloïse Pons
 LUMIÈRE Auréliane Pazzaglia
 SON Romain Crivellari
 AVEC Youssouf Abi Ayad, Quentin Barbosa, Pauline Haudepin, Mathilde Edith Mennetrier, Romain Pageard, Maud Pougeoise.

Théâtre de la Cité internationale, 18 h 45, tél. : 01 43 13 50 60, jusqu’au 27 octobre. Reprise à la Comédie de Colmar, les 11 et 12 décembre.

Photo Jean-Louis Fernandez.

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