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Critiques / Théâtre

François Rabelais de Philippe Sabres et Jean-Pierre Andréani

par Gilles Costaz

La course-poursuite d’un insolent

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L’œuvre et la formidable langue de Rabelais ont inspiré de nombreux spectacles. Mais la vie de l’inventeur de Gargantua et Pantagruel ? Moins de pièces sans doute. Philippe Sabres et Jean-Pierre Andréani, sous le titre très heureux de François Rabelais, Portrait d’un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille, ont écrit une comédie historique qui est aussi un peu anthologique, avec quelques extraits si génialement ébouriffants (Les Guerres picrocholines, par exemple). Evidemment, ignorants que nous sommes, nous apprenons beaucoup de choses. Presque toute sa vie, Rabelais a été persécuté par les puissances universitaires et ecclésiastiques. Le voilà à partir de 1546 : sommé par une autorité de la Sorbonne de cesser d’écrire, il s’enfuit et envisage de vivre seulement de la médecine. Il cherche et trouve diverses protections dans une France où il y a, quand même, des personnalités éclairés et des prélats qui jouent double jeu. Il fera pourtant de la prison. Et ses nouveaux livres seront, de plus en plus, des manifestations d’insolence, de liberté et d’audace intellectuelle.
Très adroitement, Philippe Sabres et Jean-Pierre Andréani ont conçu une pièce pour deux acteurs. Il y a, en scène, le comédien qui joue Rabelais et un autre interprète qui est successivement le sorbonnard, un ami, l’évêque du Bellay (oncle du célèbre Joachim), etc. Ces deux acteurs peuvent être aussi les personnages des romans, au gré d’une fantaisie qui mêle la fiction et l’histoire, en privilégiant la continuité biographique. Cela peut avoir parfois un côté pédagogique, avec des mises en perspective de choses qui pourraient ne pas nous être familières, mais l’ensemble galope comme une course-poursuite et une série de confrontations pugilistiques ou hédonistes. La mise en scène d’Andréani cultive un rythme rapide et noue sans cesse un fort rapport entre les deux personnages en présence. Philippe Bertin (qui est en réalité le co-auteur : acteur, il est écrivain sous le nom de Philippe Sabres) incarne Rabelais avec une belle vivacité et une grande capacité à sauter de l’intériorité à une expression explosive. Il a aussi une présence très personnelle dans les silences et l’attention portée à ce qui passe en dehors de sa propre partition. Michel Laliberté endosse plusieurs rôles. Il le fait avec une puissance, une gaillardise et une gourmandise tout à fait séduisantes. Ce n’est pas un acteur de la demi-mesure. Le niveau sonore de sa voix peut paraître excessif tant il y a de générosité dans toutes les composantes de son jeu. Mais l’on est chez Rabelais, que diable, et pas dans le rigorisme des ordres monastiques drastiques qu’il dénonçait ! Voilà une estampe qui a le sens du véritable sous un dessin de pleine allégresse.

François Rabelais, Portrait d’un homme qui n’a pas souvent dormi tranquille, de Philippe Sabres et Jean-Pierre Andréani, mise en scène de Jean-Pierre Andréani, lumières de Laurent Schneegans. avec Philippe Bertin et Michel Laliberté.

Essaïon, dimanche 17 h 30 et lund 21 h jusqu’au 23 mars, samedi 19 h 30 et lundi 19 h 15 du 5 avril au 18 mai, tél. : 01 42 78 46 42. (Durée : 1 h 20).

Photo Laurent Schneegans.

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