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Critiques / Théâtre

Festival d’Almada, Portugal

par Gilles Costaz

Jouer malgré tout

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Tandis qu’Avignon et Edimbourg sont annulés, combien de festivals ont lieu en Europe ? Il se pourrait que l’Espagne, malgré le retour des problèmes de pandémie, autorise certaines de ses grandes manifestations (le festival de Merida dans le théâtre antique notamment) et soit l’un des principaux pays où la fête théâtrale continue malgré tout. Le Portugal, lui, a donné le feu vert au festival d’Almada qui, dans le contexte actuel, s’affirme comme l’un des événements de l’été. Almada, c’est à quelques coups de rame de Lisbonne. Il suffit de traverser le Tage (il y a des bateaux toutes les vingt minutes) et l’on y est. Le festival, créé par Joaquim Benite et dirigé par Rodrigo Francisco, dispose d’un beau et grand théâtre à la façade de mosaïque bleu et d’autres lieux dans la ville. Il utilise, cet été, moins d’espaces et moins de plein air, en raison de la lutte contre le coronavirus. Ici, on ne plaisante pas : les allées et venues du public sont délimitées, la distanciation passe par l’obligation de n’utiliser qu’un fauteuil sur deux et l’on garde son masque pour suivre le spectacle. Le laissez-aller qui guette d’autres pays d’Europe (la France la première) n’a pas cours à l’autre bout de la péninsule ibérique. Le théâtre y renaît, mais devant un public masqué.
Autre effet de la prudence face au virus : les troupes étrangères invitées ne viennent pas. Aucun spectacle français (alors que, traditionnellement, les Français y ont beaucoup de succès : parmi les derniers en date, François Chattot et Martine Schambacher, invités et réinvités pour Que faire ?), aucun spectacle italien, aucun spectacle brésilien… Mais deux spectacles espagnols.
Les équipes portugaises présentes à Almada, font des choix d’auteurs et d’œuvres largement internationaux : Molière dont on joue Les Fourberies de Scapin, Gertrude Stein, Bohumil Hrabal, Elfriede Jelinek, Dario Fo et Franca Rame, Herman Broch, Robin Maugham, Michael Mackenzie, Tennessee Williams… Parmi ce qu’il nous a été donné de voir au cours des premiers soirs, on retiendra une amusante évocation de la radio d’Etat lusiphone pendant les décennies 40-70, La Grande Emission du monde portugais de Jorge Palinhos mis en scène par Isabel Craveiro, et l’on s’attardera surtout sur les réalisations de Tiago Rodrigues et Rodrigo Francisco.
Tiago Rodrigues, nous le connaissons bien en France. Il donne beaucoup de ses spectacles à Avignon et au théâtre de la Bastille. Il est le directeur du Théâtre national D. Maria II de Lisbonne (il vient à Almda en voisin, très amical). By heart, qu’il joue seul en scène, il l’a souvent représentée à Paris. En fait, il n’est pas seul. Il fait monter dix personnes avec lesquelles il dialogue sur un sonnet de Shakespeare. C’est un vrai bonheur de s’interroger avec lui sur le sens, la langue, la traduction d’un poème plutôt mystérieux. A Almada, Rodrigues a rencontré l’adhésion qu’il recueille ailleurs : c’est un discoureur éblouissant.
Quant à Rodrigo Francisco, il a monté Martir (Martyr), décapante pièce de l’Allemand Marius von Mayenburg sur l’idéologie réactionnaire où s’opposent, à l’université, un jeune homme atteint de mysticisme et une jeune professeure de biologie. Jeu nerveux, mise en scène brutale, affrontements électriques. Le spectacle est d’une grande force de frappe, dominé par l’interprétation de l’étonnante Ana Cris dans le rôle de l’enseignante.
Les autres spectacles vus ces premiers jours nous ont paru assez loin de cette modernité affichée par Martir. Mais on ne peut préjuger de toute une manifestation qui a encore beaucoup de choses à dévoiler à travers sa programmation ambitieuse. Le président de la République, Macelo Rebelo de Sousa, le Premier Ministre, Antonio Costa, et la ministre de la Santé, Marta Temido, étaient dans la salle les deux premiers soirs. Qui dit mieux, en matière de soutien public ?

Festival de Almada, Portugal, tél. : 00 212 739 360, jusqu’au 26 juillet.

Photo DR : Martir de Marius von Mayenburg, mise en scène de Rodrigo Francisco, avec Ana Cris.

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