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Critiques / Opéra & Classique

Don Carlo, de Giuseppe Verdi

par Caroline Alexander

Minimalisme et Grand Opéra au Théâtre de Tours

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L’ambitieux pari du Grand Théâtre de Tours de monter Don Carlo de Verdi dans sa version italienne en cinq actes - dite version de Modène, incluant l’acte de Fontainebleau - a buté sur une mise en scène minimaliste, à mi-chemin entre la version de concert et la mise en espace. Un orchestre à la hauteur de l’enjeu sous la direction précise et fervente de Jean-Yves Ossonce n’a pas réussi à compenser la faiblesse d’une réalisation aux décors et aux costumes insignifiants. D’autant que la plupart des voix réunies étaient loin des pointures exigées par une partition aux couleurs et aux variétés d’une immense complexité.

Amour et politique, amitié et jalousie

C’est pourtant une bien belle histoire que celle de cet Infant d’Espagne que Verdi puisa dans la tragédie homonyme de Schiller, une histoire à tiroirs, d’amour et de politique, d’amitié et de jalousie. Le règne de Charles Quint s’est achevé, le roi Philippe II, pour des raisons d’État, épouse Elisabeth de Valois, fille de roi de France, initialement destinée à son fils Carlo. Les jeunes promis, au premier regard échangé, tombent follement amoureux l’un de l’autre. Passion interdite sur fond d’Inquisition et de guerre dans les Flandres, sur laquelle se greffent le chant de l’amitié qui lie le marquis Rodrigo de Posa à Don Carlo, et la vengeance jalouse de la princesse Eboli qui se croyait aimée de l’Infant... Une bien belle histoire qui ne demande qu’à être racontée, mais qui, dans le double rideau de lamelles en plastique noir ondulant du décor, ses rayons laser, ses symboles de bazar, ses costumes sans âge et son chœur en habits, planté sur une mezzanine, a bien du mal à se laisser décrypter. Antoine Bourseiller, fin connaisseur de musique et grand homme de théâtre semble avoir été dépassé par le sujet.

Un ténor à la voix blanche, pataud et sans présence

Est-il raisonnable aussi de monter une œuvre lyrique quand on n’a pas trouvé l’interprète du rôle principal ? Ce ténor espagnol à la voix blanche envoyant des fausses notes toutes les trois mesures, pataud et sans présence pourrait faire sombrer le navire. Même en uniforme blanc d’officier de marine évoquant le Pinkerton de Madame Butterfly et qui fait se demander s’il ne s’est pas trompé d’opéra. Rima Tawil campe une Elisabeth de Valois sans noblesse qui ne maîtrise ni son vibrato ni ses aigus en dérapage. Le reste de la distribution apporte heureusement de beaux lots de consolation : Nona Javakhidze, mezzo géorgienne, malgré le mauvais goût d’une robe pour bal de sous préfecture, apporte à la princesse Eboli générosité de timbre et belle ligne de chant et l’excellent baryton Evgueniy Alexiev rend à Rodrigo une flamme, un tempérament qui, dès qu’il apparaît, occupe le plateau. La performance de Vincent Le Texier en Philippe II était attendue et n’a pas vocalement déçu. Mais sans maquillage et en vêtements de ville soulignant sa trop jeune maturité, usant davantage d’autorité que de sentiment, il n’émeut pas. "Amor per me no ha", ce grand air qui arracherait des sanglots à un caillou, laisse ici les yeux secs.

Reste le plaisir de la musique tout simplement grâce aux jeunes instrumentistes de l’Orchestre Symphonique de la Région Centre-Tours, en formation réduite par rapport aux exigences de l’œuvre, mais que Jean-Yves Ossonce, qui est également le patron de l’Opéra de Tours, dirige avec une rigueur qui force l’admiration.

Don Carlo, de Giuseppe Verdi, orchestre symphonique de la région Centre-Tours, chœurs de l’Opéra de Tours, direction Jean-Yves Ossonce, mise en scène Antoine Bourseiller, scénographie Alexandre de Dardel, avec Salvador Carbo, Vincent Le Texier, Evgueniy Alexeiv, Rima Tawil, Nona Javakhidze, Randall Jakobsch ... Opéra de Tours, les 23,25,27 février et le 1er mars 2005.

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