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Critiques / Théâtre

Diane self portrait de Fabrice Melquiot

par Gilles Costaz

La photographe d’une autre beauté

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Diane Arbus, célèbre photographe américaine, est ici réinventée en fragments. Dans la nouvelle pièce de Fabrice Melquiot, elle parle depuis la mort et peut mettre à distance ce que fut sa vie et ce que furent ses pensées. Elle se moque des circuits officiels, fait sans cesse retentir le déclic de son appareil-photo sans que les clichés apparaissent en arrière-plan, provoque le public, répète qu’elle aime les personnages des bas-fonds et des squatts, refuse toute beauté standard, caresse ses modèles, confie à son mari qu’elle couche avec des femmes et d’autres hommes… Elle affirme (mais c’est Melquiot qui le lui fait dire, rien ne relève exactement de la citation) : « Je sais que je cours après quelque chose. Je creuse à mains nues l’image que je cherche à faire. Faire l’image que je ne sais pas que je vois. Je la vois mais j’ignore que je le vois. Je la vois mais je l’ignore que je la vois. » En scène, Diane revit surtout avec sa mère, son mari et l’un de ses modèles – un homme corpulent et tatoué. Ainsi circulent quelques secrets de famille et les secrets de cette artiste qui chamboule les règles de la beauté et de la lumière.
Diane self portrait est né d’une commande du metteur en scène Paul Desveaux, tout comme les deux pièces précédentes de Melquiot, Pollock et Janis, qui composent avec ce nouveau texte une « trilogie américaine ». L’écriture de Melquiot, très belle, avance en longues coulées mais, de temps à autre, frappe par de brefs éclats lapidaires. La mise en scène de Paul Desveaux, très musée d’art moderne, s’appuie sur les éclairages flashy, des éléments de décor épurés (baignoire comprise), des projections en noir et blanc et les sinuosités des déplacements rythmées par la musique soul et funk de Vincent Artaud et Michael Felberbaum interprétée en direct. Catherine Ferran et Paul Jeanson opposent un jeu classique à la présence non-classique de Jean-Luc Verna (le corps peint de tatouages) et Marie-Colette Newman (qui joue sur l’ambiguïté du sexe) : beau contraste. En Diane Arbus, Anne Azoulay a une splendide autorité moqueuse. Même si la mise en scène lui demande inutilement d’impliquer des spectateurs dans l’action scénique, elle est la flamme de cette soirée qui séduit autant qu’elle agace.

Diane self portrait de Fabrice Melquiot, mise en scène & scénographie de Paul Desveaux, collaboration artistique de Céline Bodis, musique de Vincent Artaud & Michael Felberbaum, lumière de Laurent Schneegans, costumes de Virginie Alba, avec Anne Azoulay, Catherine Ferran, Michael Felberbaum, Paul Jeanson, Marie-Colette Newman, Jean-Luc Verna. Texte aux éditions de l’Arche, sous le titre Diane..

Les Plateaux sauvages, tél. : 01 83 75 55 70, jusqu’au 9 octobre. (Durée : 1 h 40).

Photo Christophe Raynaud de Lage.

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