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Critiques / Théâtre

De Gaulle en mai de Jean-Louis Benoit

par Corinne Denailles

En mai fais ce qu’il te plaît

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Jean-Louis Benoit s’est fait une spécialité du théâtre politique inspiré de textes et de situations authentiques qu’il met en fiction. Ces spectacles sont loin du documentaires avec un matériau exclusivement documentaire. Après Les Vœux du président (Mitterrand), Une nuit à l’Elysée (toujours Mitterrand), et aussi La Nuit, la télévision et la guerre du golfe, voici les évènements de mai 68 racontés depuis l’Elysée. Curieusement, en cette année de commémoration, aucun spectacle de théâtre n’a abordé le sujet considérablement commenté par ailleurs. Le matériau principal du spectacle est le journal tenu par Jacques Foccart, conseiller du général De Gaulle pour les affaires africaines, les discours des hommes politiques de l’époque et quelques propos de journalistes. Le spectacle ouvre sur les vœux du président le 31 décembre 1967, en fond, la musique de la chanson A bicyclette. RAS, la France ronronne. On savait que le gouvernement s’est vite trouvé déconnecté des réalités mais se rappelle-t-on à quel point le général De Gaulle n’a rien vu venir, comment il a vite perdu la maîtrise de la situation, prenant les mauvaises décisions ? Il suggère à propos de l’université de Nanterre de « faire nettoyer la casbah » ; à propos des manifestations, il dit : « tout juste un monome » ; et quand elles prennent de l’ampleur : « faites tirer », dit-il à son ministre de l’intérieur Christian Fouchet (Luc Tremblais) ; comme celui-ci lui répond que ce n’est pas possible, il rétorque : « alors faites tirer dans les jambes ». C’est cela ! aurait pu répondre Fouchet qui se garda bien de s’exécuter. Sans parler du célèbre commentaire à la sortie d’un conseil des ministres : « la réforme mais pas la chienlit ». Non seulement De Gaulle ne comprend rien mais en plus il méprise les étudiants qui sont des cancres et les français des veaux. Fouchet, qui en a pourtant vu d’autres, lui aussi y perdra son latin, égaré entre les diverses forces politiques qui irriguent les mouvements étudiants. Finalement on voit que c’est grâce à Fouchet, Pompidou et Foccart que le pays a évité de peu la guerre civile.

Mieux vaut en rire

Avec un sujet très sérieux, en forme de pied de nez aux récents commentaires de Sarkozy sur mai 68, Jean-Louis Benoit fait véritablement œuvre théâtrale en montrant comment le pouvoir de la rue a anéanti le grand homme qu’on croyait invincible. Il a conçu une comédie du pouvoir burlesque qui ne tombe jamais dans le travers chansonnier. Il n’a pas cherché à représenter ces hauts personnages qu’on a tous à l’esprit mais plutôt à mettre en scène le chaos qui s’installe et que De Gaulle redoutait tant. Les comédiens rentrent et sortent ventre à terre, traversent le plateau à grande vitesse. De Gaulle (Jean-Marie Frin), enfermé dans une armoire, interroge un pavé comme Hamlet le crâne de Yorick. Etre ou ne pas être, telle est la question brûlante d’actualité. Pompidou (Laurent Montel), premier ministre, se sent floué, mis à l’écart. Et le pauvre Foccart (Arnaud Décarsin), perd aussi son sang-froid quand il découvre qu’on a perdu la trace de De Gaulle censé parti se reposer. Il reviendra calmé par le général Massu et son entourage politique voudra penser qu’il maîtrise à nouveau la situation. Pure illusion comme le démontrera l’hilarante chorégraphie de ces hommes politiques transformés par le metteur en scène en marionnettes. Benoit s’amuse et le public aussi. Absolument jubilatoire.

De Gaulle en mai, conception et mise en scène Jean-Louis Benoit, avec Dominique Compagnon, Arnaud Décarsin, Jean-Marie Frin, Laurent Montel, Luc Tremblais. Scénographie : Alain Chambon. Au théâtre de la commune jusqu’au 30 novembre 2008. Du mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h30, dimanche à 16h. Durée : 1h55. tel. 01 48 33 16 16.

www.theatredelacommune.com

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