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D’un cheval l’autre de Bartabas

par Gilles Costaz

Une divine écurie

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En tant qu’auteur, Bartabas n’est pas tout à fait un débutant puisqu’il écrit ses spectacles et ses films, a publié un Manifeste de la vie d’artiste et collaboré à plusieurs livres sur le style Zingaro. Mais l’ouvrage personnel, la confession profonde et non bravache qu’on l’attendait, la voilà. C’est celle d’un chef de troupe qui se raconte à travers ses acteurs. Donc celle d’un artiste qui se dévoile par le portrait de ses chevaux, dans un livre en forme d’écurie. Une écurie divine ou divinisée.
Chez Zingaro-Bartabas, les équidés portent des noms culturels : Déméter, Apollon, Zurbaran, Vénus, Raspoutine, Baryshnikov… Ils sont 152 à figurer dans la liste qui conclut le livre sous le titre de « la caravane de mes nuits ». Ils sont moins nombreux, une trentaine, à faire l’objet d’un ou plusieurs chapitres de ce voyage dans le temps, auprès des vivants et des morts. Il y a Hidalgo, le premier cheval acheté par le jeune Bartabas et qui sera vite dans les rues d’Avignon, son maître sur le dos et un rat sur l’épaule du maître. Il y a Zingaro dont le nom allait être donné au cirque de Bartabas et au « théâtre équestre », quand le terme de cirque fut abandonné : Zingaro le glorieux qui mourra près New York, n’ayant pu assurer toutes les représentations d’Eclipse. Il y a le lusitanien Quixotte, dont l’appellation traduit l’ambition de son cavalier qui ne craint pas de guerroyer contre des moulins à vent. Il y a Le Caravage que l’auteur désigne comme son « stradivarius », son virtuose. Il y a Horizonte, champion du « piaffer » sur accompagnement de cloches, qui fut de tous les spectacles pendant vingt ans avant de rentrer dans le rang des héros oubliés, happés par la retraite…
Avec chaque cheval, c’est une aventure différente et identique. C’est surtout une histoire d’amour, très sensuelle, où la complicité dans le dépassement et l’émotion dans l’étreinte de deux corps mène à une quête philosophique – pour l’homme, oui pour la bête peut-être. Plus qu’un livre sur la mise en œuvre des spectacles et sur le monde de la vente des chevaux (Bartabas achète souvent des chevaux un peu déformés ou cassés), D’un cheval l’autre est surtout un hymne à cet accord amoureux entre le cavalier artiste et le cheval artiste. C’est écrit superbement, avec les mots du métier et les mots du poète. On trouvera même à Bartabas un cousinage avec Sylvain Tesson, dans sa façon de décréter la grandeur d’un splendide isolement tourné vers les origines du monde. Avec son caractère de cochon, le créateur du théâtre Zingaro fait avancer sa plume au pas, mais avec une sacrée fièvre de cheval.

D’un cheval l’autre de Bartabas. Editions Gallimard, 320 pages, 20 euros. (Le nouveau spectacle de Bartabas, Le Sacre de Stravinsky, programmé par le Parc de la Villette au théâtre Zingaro à Aubervilliers, est, actuellement, prévu du 16 au 28 avril).

Photo Bartabas.fr

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