Première d’El barberillo de Lavapiés à l’Opéra de Bâle le 27 septembre

Classique du genre bien transmis

La zarzuela El barberillo de Lavapiés de Francisco Barbieri fait une entrée triomphale à l’Opéra de Bâle.

Classique du genre bien transmis

QUAND, À L’INITIATIVE DU METTEUR EN SCÈNE ALLEMAND Christof Loy, la zarzuela, genre lyrique éminemment espagnol, conquiert le public suisse. El barberillo de Lavapiés est une zarzuela de Francisco Barbieri (1823-1894), créée avec un succès immédiat en 1874 au Théâtre de la Zarzuela de Madrid et qui n’a depuis lors plus quitté l’affiche des théâtres hispaniques. Un engouement pleinement justifié pour une œuvre inspirée, devenue parmi les plus célèbres de ce genre lyrique, même si l’on peut penser que le chef-d’œuvre de Barbieri serait plutôt à chercher du côté de Pan y toros (de 1864, sorte de Moussorgski avant l’heure teinté de bel canto).

Ce « petit barbier » se plante à Lavapiés, quartier populaire de Madrid (l’équivalent de Belleville ou Ménilmontant à Paris), et joue sur le nom de son compositeur (nom d’origine italienne, venu de danseurs émigrés à Madrid au XVIIIe siècle) comme aussi en allusion au Barbier de Séville de Rossini (dont on retrouverait au passage quelques inspirations). La trame elle-même se situe au XVIIIe siècle, pour narrer une révolte populaire à Madrid, dite « motín de Esquilache » (soulèvement en 1766 contre le ministre de Carlos III Esquilache), entre les prétextes amoureux de deux couples croisés, deux personnages plébéiens, dont le fougueux petit barbier et meneur de la révolte, et deux aristocrates. Le tout emporté par une musique d’une belle inspiration, avec airs et duos enlevés au sein d’une orchestration fouillée et de chœurs échevelés omniprésents, souvent d’une écriture complexe (comme l’ensemble choral au début du deuxième acte).

Une passion pour la zarzuela

Le mérite comme l’initiative de cette production, reviennent à Christof Loy, qui s’est découvert une passion pour le genre de la zarzuela et nous promet d’ores et déjà deux autres productions (en janvier Benamor à Vienne et en juin El gato Montés à Madrid, nous y reviendrons certainement). C’est un metteur en scène talentueux à qui l’on doit de nombreuses productions d’opéras (comme récemment un captivant Trittico de Puccini à l’Opéra de Paris ou Werther de Massenet au Théâtre des Champs-Élysées, et plus lointainement Les Troyens, le rare opéra de Berlioz très accompli à Duisbourg et Düsseldorf).

Ici, au théâtre de Bâle (Theater Basel), il justifie sa belle réputation. Comme à son accoutumée, il donne dans une lecture contemporaine. Les costumes (signés Robby Duiveman) sont ainsi ceux d’aujourd’hui, sauf pour la troupe des soldats wallons de la garde royale (puisque les Pays-Bas étaient espagnols en ces temps) grimés en tenue XVIIIe siècle avec perruques blanches. Le décor (de Manuel La Casta) est du même ordre, blanc et nu planté de quelques troncs d’arbres, qui n’évoquent guère le Madrid de la trame. Mais le jeu et les mimiques des participants, aidés de la dramaturgie d’Élise Boch, restent au plus près de leurs actions, dans leurs dialogues parlés (très peu raccourcis, sur des accords d’un guitariste) comme leurs interventions au sein d’une foule virevoltante, accompagnés de danseurs eux aussi espagnols (chorégraphie réglée par Javier Pérez). Immédiatement parlant ! Et ce en dépit de surtitres uniquement en allemand et en anglais. Les passages parlés, inhérents à toute zarzuela, filent ainsi vite.

Excellente distribution de chanteurs espagnols

Le plateau vocal des solistes (tous espagnols) se révèle quasi idéal, aussi bien pour l’incarnation des personnages, les uns et les autres rivalisant de verve et de bagout, que pour leurs transmissions chantées. Dans le rôle principal du barbier Lamparilla, le baryton David Oller dispense une émission ferme et allante en rapport avec son caractère de héros gouailleur. Sa compagne Paloma, trouve en Carmen Artaza une mezzo pétulante au lyrisme sensuel. La marquise et le marquis, reviennent pour l’autre couple au timbre clair de la soprano Cristina Toledo et à la voix assurée du ténor Santiago Sánchez. Excellents tout autant les seconds rôles. Une fois encore, se confirme les vertus vocales des chanteurs espagnols actuels.

Le chœur, celui du théâtre de Bâle, réagit d’un bel élan et avec une excellente élocution de la langue espagnole (beau travail préparatoire de Michael Clark). L’Orchestre symphonique de Bâle répond sans faillir aux ordres impétueux tout autant que rigoureux de José Miguel Pérez-Sierra (actuel directeur musical du Teatro de la Zarzuela de Madrid), même si ses tout premiers moments sont plus incertains. Et le public bâlois réserve un triomphe bien mérité à la production, par des applaudissements sans fin, entre les airs et debout pour les saluts finaux.

Illustrations : Cingo Hoehn/dr

Francisco Barbieri : El barberillo de Lavapiés. Avec David Oller (Lamparilla), Carmen Artaza (Paloma), Cristina Toledo (la marquise Estrella), Santiago Sánchez (le marquis Don Luis de Haro), etc. Chœur du Theater Basel, Sinfonieorchester Basel, dir. José Miguel Pérez-Sierra. Mise en scène : Christof Loy. Theater Basel, 27 septembre 2025. Prochaines représentations : 3, 5, 25 octobre, 5, 7, 10, 15, 22, 28 novembre, 7 et 28 décembre 2025.

A propos de l'auteur
Pierre-René Serna
Pierre-René Serna

Journaliste et musicographe, Pierre-René Serna entretient plusieurs activités paramusicales (organisation de colloques, rédaction de programmes de concerts et d’opéras, conférences, production d’émissions radiophoniques) et collabore à différents...

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