Ce que l’arbre m’a raconté

Tendres confidences du Yiddishland

Ce que l'arbre m'a raconté

Il a la tronche patinée et le sourire apaisé d’un vieux sage, des pépites dans le regard et quelques poils hirsutes qui s’échappent d’une vieille casquette de marin : comme pour se gondoler en douce. Sur la scène de poche de La Vieille Grille, l’ancêtre des cafés théâtres parisiens, Aristide Demonico, comédien, metteur en scène et auteur à ses heures, donne vie en douce nostalgie à un petit pan du Yiddish land, ce pays d’exil et de misère où l’on s’invente des histoires pour se tenir chaud et où l’on tutoie le bon Dieu pour lui dire qu’on n’est pas content de lui. Récits populaires nés dans cette langue qu’on a voulu exterminer avec tous ceux qui la pratiquaient et qui, aujourd’hui, connaît une renaissance à la fois parlée et écrite.

Contes hassidiques nés au 18ème siècle en Pologne d’une impulsion spirituelle et religieuse propagée par un tsadik (homme pieux) poète connu sous le nom de Baal-Shem-Tov. D’autres lui emboîtèrent l’imaginaire, des rabbins, des philosophes, Martin Buber, Scholem Aleikhem, pour ne citer que deux des plus célèbres. Guidé sur scène par Nathalie Soussana, pianiste et accompagnatrice, animatrice du groupe de musique klezmer Yankele, Aristide Demonico leur a piqué des petites histoires de pauvres et d’affamés, de vagabonds et de faiseurs de petits métiers où l’on apprend par force l’art de la débrouillardise et où l’on rit de ses malheurs pour ne pas avoir à en pleurer. Il les dit en français émaillé de quelques expressions juteuses entrées dans le langage courant. Il y a ce « shtetl », nommé Kasrilevke, une petite ville aux ruelles étroites où un roi se désespère de voir que son fils se prend pour un dindon, il y a l’homme qui lit dans les étoiles et le simplet qui a égaré ses habits, les enfants qui jouent à cache-cache mais qui ne se cherchent pas et le brave qui part à la recherche d’un trésor qui se trouve dans sa cheminée… « S’il y a des miracles, c’est parce que nous avons besoin d’y croire, mais moi je crois que ce sont les histoires qui font les miracles » confie Demonico.

Une lanterne à la main, une chaise pour tout royaume, un paletot trop grand, une écharpe flottante et un arbre dont les fruits sont des mots. Il ne lui faut pas grand-chose pour passer d’un conte à l’autre, pour se faire rabbin, mendiant, brigand, violoneux ou Dieu en personne. Il navigue dans ses personnages, chaloupé par les rythmes klezmer que lui envoie le magnifique clarinettiste Yannick Thépault. Il est la deuxième voix de ces contes, il leur brode des mélodies en guise de commentaires, glousse, caquette, soupire, valse, s’envole en cris d’oiseau. Ensemble ils voyagent et nous font voyager au pays où la poésie et l’humour transcendent l’amour de la vie.

Ce que l’arbre m’a raconté, contes et récits hassidiques et yiddish. Avec Aristide Demonico, comédien, Yannick Thépault, musicien. Mise en scène de Nathalie Soussana.

La Vieille Grille, jusqu’au 28 mars 2010, les jeudis, vendredis et samedis à 20h30, les dimanches à 17h30 –

01 47 07 22 11

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage, elle...

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