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Catherine Benhamou, grand prix de littérature dramatique

par Gilles Costaz

"Romance", pièce lauréate de l’année 2020

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Artcena, le Centre national des arts, du cirque, de la rue et du théâtre, a repris la responsabilité des deux Grands Prix de littérature dramatique (l’un tout public, l’autre pour la jeunesse), que d’autres instances dépendant du ministère de la Culture décernaient à partir de 2005. Les lauréats de cette année, choisis à partir de textes publiés et soumis au jury par les éditeurs, ont été désignés en octobre. On peut en parler avec quelque retard : sans salles ouvertes, il nous reste le plaisir de fréquenter le théâtre par la lecture. Les vainqueurs ont été, pour la catégorie Jeunesse, Sophie Merceron (Avril, Ecole des loisirs) et, pour l’écriture en direction de tous les publics, Catherine Benhamou (Romance, Koiné).
Catherine Benhamou nous intéresse particulièrement puisque cette autrice qui fut actrice et l’est encore parfois a publié des textes exceptionnels, comme Ana ou La Jeune Fille intelligente ou Hors jeu qui fait parler les personnages que Beckett plaça dans la poubelle de Fin de partie. Dans ce nouvel écrit couronné par le Grand Prix, elle creuse plutôt sa veine sociale, mais sans le défaut trop répandu de sauter à pieds joints dans le tableau journalistique ou démonstratif. C’est une oreille très fine, branchée sur les cœurs et la vie tumultueuse et contradictoire du cerveau que Catherine Benhamou. Elle traite là de la fascination du discours et de l’action terroristes, mais dans la réfraction, à travers un trouble individuel. Une femme parle – et la pièce ne sera qu’un récit, qu’un monologue où viennent se ficher des paroles d’autres personnages – et elle parcourt mentalement le jeune destin de son amie Jasmine. Cette fille de 18 ans, jolie, longtemps irréprochable, vouée une vie de succès et de bonheur, est tout à coup entrée en guerre contre la société tranquille des Français moyens et, ayant connu un homme brutal et dangereux sur Internet, a concrétisé son rêve de faire bouger le monde, en partageant la volonté de son ami qui était de lancer des explosifs meurtriers au gré de sa fureur. Elle sera emprisonnée avant que carnage soit fait.
Encore un monologue, dira-t-on. Et c’est vrai que le soliloque est souvent aride, qu’en face de Catherine Benhamou, d’autres auteurs comme Baptiste Amann ou Enzo Cormann concouraient avec des pièces au dialogue brillant. Mais Catherine Benhamou fait entendre un langage très personnel, qui part d’une voix douce, suit un chemin d’émotion secrète qui attrape en suivant son fil des mots de la rue et de la vie, fait surgir sans effet la violence (le machisme, la vulgarisation du porno, l’aveuglement petit-bourgeois, la haine sur internet et dans la machine fondamentaliste) comme tamisée par un besoin d’amour et de compréhension. Romance – dont le titre est une antithèse (c’est une histoire d’amour pervertie) et s’explique par l’intégration de chansons populaires dans la coulée du récit – est une pièce douce et forte, habile aussi au point de renverser les certitudes de chacun quel que soit le clan où l’on est allé chercher ses vérités.

Romance de Catherine Benhamou. Editons Koiné, 64 pages, 10 euros.
Photo Pierre Trovel.

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