Alice de l’autre côté du miroir de Lewis Carroll

Une traversée en images

Alice de l'autre côté du miroir de Lewis Carroll

Le révérend et très guindé Charles Lutwidge Dodgson, éminent professeur de mathématiques au collège Christ Church d’Oxford, aimait à se lâcher en racontant, sous le nom de Lewis Carroll, des histoires farfelues et déraisonnables aux petites filles pour qui il inventait aussi toutes sortes de jeux et devinettes. L’une d’elle s’appelait Alice Liddell. Au fil de leur promenade en bateau, il l’emmena au Pays des Merveilles. Plus tard, il rencontra une autre Alice. Mais oui, Lewis Carroll aimait les Alice. Elles l’inspiraient. Après une histoire d’orange, de main droite et de main gauche et de miroir derrière lequel la main droite reste toujours la main droite, il décida d’écrire une suite aux aventures d’Alice. Mais cette fois-ci au lieu de l’expédier sous terre à la suite d’un lapin speedé, il lui fit traverser le miroir du salon, sous le titre explicite De l’autre côté du miroir et ce qu’ Alice y trouva . Un drôle de monde en vérité où tout est à l’envers, où le temps et l’espace sont chamboulés, où plus on court vite plus on reste sur place, où les sentiers bifurquent et s’ébrouent et vous laissent sous le même chêne que vous veniez de quitter et qui se dé-chêne, où les fleurs parlent, les reines se transforment en gigot ou en brebis tricoteuses à bésicles. Contrairement au « Pays des merveilles », ce n’est pas elle qui change de gabarit selon ce qu’elle mange ou boit, mais le paysage et les choses. Rien n’y est assuré, ce qui l’étonne sans l’effrayer.
Derrière le miroir où est passé Alice, le monde est un vaste échiquier et ceux qu’elle y croise sont les pièces d’un jeu d’échec qu’elle doit gagner en onze coups pour, de simple pion, devenir reine à son tour. Ainsi, de case en case, fait-elle de sidérantes et déconcertantes rencontres.
Précurseur des surréalistes – André Breton le qualifiait de « Maître de l’école buissonnière » - Lewis Carroll manie allègrement l’art du merveilleux et du non-sens et fait s’entrechoquer les mots et les choses dans d’incroyables fulgurances. C’est sa manière d’inventer un autre monde en réinventant la langue que s’attache à nous rendre sensible l’adaptation scénique que nous propose la compagnie Terrain de jeu. Destiné au jeune public mais à voir en famille, le spectacle est une partition pour une actrice seule en scène, Corinne Fischer, Alice qui raconte et se raconte tandis que derrière elle s’anime, en contrepoint, un mur d’images et de sons qui nous donne à imaginer l’univers dans lequel est plongée Alice. Une belle idée de mise en scène (Agnès Bourgeois) qui fait de cette petite forme « pour plateaux et hors les murs » un spectacle total qui nous rend sensibles les tribulations d’Alice. Elles seraient plus savoureuses encore si la comédienne laissait parfois l’actrice prendre le pas sur la narratrice.

Alice derrière le miroir de Lewis Carroll. Mise en scène Agnès Bourgeois avec Corinne Fischer. Musique Fred Costa, images Antoine Boutet - durée 50’

Théâtre de la Girandole à Montreuil jusqu’au 26 novembre Tel 01 48 57 53 17
www.theatregirandole.fr

En tournée : du 6 au 8 décembre Arcueil (Anis Gras) , 14 et 15 février Montreuil (Théâtre Berthelot)
Photo DR

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre Aujourd’hui....

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