Accueil > Abraham de Michel Jonasz

Critiques / Théâtre

Abraham de Michel Jonasz

par Corinne Denailles

Hommage à nos chers disparus

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Si l’on voit parfois le chanteur Michel Jonasz au cinéma, il se fait plus que rare au théâtre qui n’est pas son élément naturel. Pourtant, cette plongée dans l’intimité de son histoire familiale qui l’a poussé à monter sur scène nous fait découvrir un vrai talent d’acteur, plus exactement de conteur. Le chanteur aux mélodies blues qui a cette manière inimitable de rythmer et de syncoper ses phrasés, de jouer de sa voix comme d’un instrument de musique, a trouvé sa juste place,mettant ses talents de musicien au service du texte. Il monte sur scène pour rendre hommage à son grand-père Abraham, qui a quitté sa Pologne natale pour la Hongrie à 20 ans, parce que « c’était le pays le plus triste du monde », et a vu ses jours brutalement abrégés par la folie nazie. Le spectacle est construit simplement dans l’alternance de situations contrastées. Au seuil de la porte « des douches », dans la pénombre de l’horreur, Abraham, tout doucement, pleure « ses bien-aimés », « ce monde où les vivants sont plus morts que les morts », réclame comme dans une prière « qu’il ne reste plus rien d’autre dans le ciel noir des cendres de nos morts qu’une étoile jaune ». Puis, on quitte le noir et blanc pour la couleur ; un petit banc de bois s’éclaire pour accueillir les rencontres délicieuses entre Abraham et son ami Yankele, à l’époque où ils vivaient en toute quiétude en Hongrie où ils se sont rencontrés. Jonasz met en scène les deux bonshommes, tendres et naïfs, qui rappellent les doux Valeureux d’Albert Cohen, même si ceux-ci n’ont pas l’âme yiddish mais sépharade. Ils conversent avec Dieu en toute simplicité, Abraham fait croire à son ami qu’il est le porte-parole des extra-terrestres géants qui commandent au petit tailleur des milliers de costumes, histoire d’offrir un rêve de prospérité à celui qui doit solliciter le crédit de son ami épicier. Pas exactement respectueux des traditions religieuses, Yankele explique tranquillement qu’un poulet caché est un poulet qui a fait sa bar mitzva. Au fil des anecdotes savoureuses se dessine le portrait de ces deux hommes, de leur famille, de tout ce petit monde balayé par la barbarie d’un seul. Abraham gagnait sa vie comme cantor de la synagogue ; c’est peut-être de lui que le petit-fils tient son talent de chanteur. Le récit est entrecoupé de chansons composées sur des airs tsiganes. Un spectacle touchant, tendre et douloureux, en forme de devoir de mémoire. Jonasz rend ainsi à ses « disparus », la vie qui leur a été arrachée.

Abraham de Michel Jonasz au théâtre des Mathurins lundi à 21h, dimanche 17h. Réservation : 0142659000. 1h20

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.