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Critiques / Théâtre

A l’abordage ! d’Emmanuelle Bayamack-Tam

par Gilles Costaz

Marivaux greffé sur aujourd’hui

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Quelle étrange idée ! Réécrire Le Triomphe de l’amour de Marivaux. La pièce est splendide et tortueuse. Va-t-on, dans ce transfert d’un classique, suivre les pistes d’origine ou s’en servir comme des prétextes ? L’idée vient du directeur de la Tempête, Clément Poirée. Lecteur admiratif de la romancière Eamnuelle Bayamack Tam, il a vu une parenté entre le roman de celle-ci, Arcadie (POL, 2018) et la comédie du grand peintre des sentiments miroitants. Il a demandé à la romancière d’écrire un Triomphe de l’amour d’aujourd’hui. Dans cette transposition qui a pris le titre d’A l’abordage !, la trame évolue vers plus d’ambiguïté sexuelle et de folie sensuelle. Deux femmes, dont l’une se fait passer pour un homme, viennent susciter des passions dans une demeure close où tout le monde se croît obligé d’obéir à un gourou. Chacune et chacun est ainsi électrisé d’amour sans toujours savoir si elle ou il a affaire à un homme ou à une femme. Les voiles et les masques finissent par tomber, mais l’on n’échappera pas à une idée de mariage, qui sera quasi collectif !
Etait-ce bien utile ? Dans un décor aux quatre côtés comme percés de fenêtres et cerné par une partie du public placée en carré, le sentiment du lieu clos observé et brisé domine en même que celui du jeu permanent entre les sexes et les genres. Tout cela est écrit, joué et mis en scène avec générosité. La soirée est dominée par l’interprète du rôle féminin principal, Louise Grinberg, mais les acteurs ont tous un ton personnel, plutôt explosif dans les rôles de femmes (Elsa Guedj, Sandy Boizard), plutôt tourné vers le trouble intériorisé pour ce qui est des interprètes masculins (David Guez, Bruno Blairet, Jospeh Fourez, François Chary). Sans doute aurait-on aimé plus de concision et un regard plus mordant, davantage dans l’esprit de #MeToo par exemple (qui n’est pas absent, mais n’est pas la colonne vertébrale), car ce qui vise ici à être audacieux est finalement consensuel. Mais, en tant que fête, dans l’esprit de notre temps où tout finit par danse et transe, c’est réussi.

A l’abordage ! d’Emmanuelle Bayamack-Tam d’après Le Triomphe de l’amour de Marivaux, mise en scène de Clément Poirée, collaboration à la mise en scène de Pauline Labib-Lamour, scénographie d’Erwan Creff,
lumières de Guillaume Tesson, costumes d’ Hanna Sjödin, musique et son de Stéphanie Gibert, avec Bruno Blairet, François Chary, Sandy Boizard, Joseph Fourez, Louise Grinberg, David Guez, Elsa Guedj.

Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 18 octobre. (Durée : 2 h 25).

Photo Morgane Delfosse.

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